Ateshgah, le temple du feu de Bakou : qui l'a construit, pourquoi il brûlait tout seul, ce que l'on voit dans la cour pentagonale et comment aller à Surakhani

Surakhani est un quartier de la banlieue de Bakou où l'on voit encore les chevalets de pompage des puits de pétrole, et au milieu, entre des maisons basses et une voie ferrée, il y a un mur de pierre en forme de pentagone, une porte surmontée d'une tour et, à l'intérieur, une cour avec un autel à quatre arcs d'où sort une flamme : c'est Ateshgah, la maison du feu, le temple que des marchands hindous et sikhs venus du Pendjab et du Sind construisirent aux XVIIe et XVIIIe siècles en un lieu où le gaz naturel jaillissait par les fissures et brûlait tout seul, jour et nuit, de mémoire d'homme. Aujourd'hui, le gaz arrive par un tuyau, parce que celui du sous-sol s'est épuisé en 1969, et le temple est un musée, mais l'autel, les cellules et les inscriptions en sanskrit dans une banlieue pétrolière de la Caspienne restent l'une des choses les plus étranges que l'on puisse voir dans le Caucase. Ce guide raconte qui est venu, ce qui reste et comment y aller.

Temple du feu d'Ateshgah à Surakhani avec l'autel à quatre arcs et la flamme
Ateshgah, à Surakhani : l'autel à quatre arcs avec la flamme au milieu de la cour pentagonale, entouré des cellules des pèlerins.

Qui l'a construit et pourquoi ici

La péninsule d'Abcheron repose sur l'un des plus grands gisements de pétrole et de gaz du monde, et pendant des siècles le gaz s'échappait du sol et brûlait en flammes que les voyageurs médiévaux décrivirent avec étonnement ; que les zoroastriens, pour qui le feu est le symbole du divin, aient vénéré ces lieux dans l'Antiquité est probable, bien que rien du temple que l'on voit ne soit antérieur au XVIIe siècle. Ce qui est debout fut élevé par des marchands de l'Inde, hindous et sikhs du Pendjab et du Sind, qui commerçaient par la route de la Caspienne entre Astrakhan, Bakou et la Perse et qui virent dans les flammes éternelles une manifestation de leur divinité, Jwala Ji, la déesse de la flamme, et de Shiva ; ils construisirent l'enceinte entre la fin du XVIIe et le milieu du XVIIIe siècle, avec des cellules pour les pèlerins et les ascètes qui passaient ici des années de pénitence, et laissèrent des inscriptions en devanagari et en pendjabi, avec une en persan, qui invoquent Ganesh et donnent des dates. Quand le commerce changea de routes et que l'exploitation industrielle du pétrole commença dans les années 1870, les pèlerins cessèrent de venir, le dernier partit vers 1880, et le temple fut abandonné ; en 1969, l'extraction alentour épuisa le gaz du sous-sol et la flamme s'éteignit, jusqu'à ce que l'Union soviétique le restaure et l'ouvre comme musée en 1975 avec le feu alimenté par conduite.

Ce que l'on voit

L'enceinte est un pentagone de murs de pierre avec une porte d'entrée couronnée d'une pièce, le balakhane, où vivait le gardien ; à l'intérieur, une cour avec l'autel au centre, un pavillon carré à quatre arcs et coupole, le chahartaq de la tradition persane, avec la flamme principale au milieu et les quatre petites flammes des angles, qui brûlent toujours. Autour de la cour, dans le mur, s'ouvrent vingt-six petites cellules aux portes basses, qui étaient les chambres des pèlerins et des ascètes, aujourd'hui transformées en musée avec des figures grandeur nature qui montrent comment ils vivaient, dormaient sur de la chaux vive ou suspendaient des poids à leurs membres, et des panneaux sur le feu, le pétrole, les zoroastriens et les hindous de Bakou ; au-dessus des portes de plusieurs cellules se trouvent les inscriptions taillées dans la pierre, avec la date et le nom du donateur. C'est petit, cela se voit en une heure, et mieux vaut y aller au coucher du soleil, quand la flamme se voit mieux et que la cour se vide.

Le feu et le pétrole

Ce qui rend Ateshgah étrange, c'est le contexte : autour du mur se trouvent les chevalets, les derricks et les conduites du champ pétrolifère de Surakhani, où l'on fora en 1848 l'un des premiers puits industriels du monde, et la même richesse qui attira les pèlerins par ses flammes est celle qui les éteignit une fois extraite. Pour voir du vrai feu sortir du sol, il faut aller à Yanardag, la montagne ardente, à l'autre bout de la péninsule, à une demi-heure de voiture, où un versant de dix mètres brûle depuis que quelqu'un l'a allumé il y a des décennies sans que personne ne l'ait éteint ; les deux sites ensemble forment l'excursion d'une demi-journée qui explique pourquoi on appelle l'Azerbaïdjan la terre du feu.

Cour du temple d'Ateshgah avec les cellules des pèlerins et l'autel central
La cour d'Ateshgah depuis la porte : les cellules des ascètes dans le mur et l'autel à quatre arcs avec la flamme au centre.

Comment y aller

Surakhani est à quelque 25 km du centre, vers l'est de la péninsule. En transport public, on prend le métro jusqu'à Koroglu, sur la ligne rouge, et de la gare routière voisine part un bus urbain jusqu'à Surakhani, qui s'arrête près du temple en une quarantaine de minutes ; on paie avec la carte de transport de Bakou, que l'on achète au métro. En taxi par application, c'est une demi-heure depuis le centre, et le plus confortable est de louer la voiture pour la matinée ou l'après-midi et d'enchaîner Ateshgah avec Yanardag, qui sont aux extrémités opposées et n'ont pas de transport public entre eux. Le musée ouvre tous les jours en journée, demande une petite entrée et a des panneaux en azéri, en anglais et en russe.

Questions fréquentes

Pourquoi y a-t-il du feu à Ateshgah ?

Parce que le sous-sol d'Abcheron est plein de gaz naturel qui, pendant des siècles, est sorti par les fissures et a brûlé tout seul à cet endroit, ce qui attira les pèlerins ; l'extraction de pétrole et de gaz alentour a épuisé la poche et la flamme naturelle s'est éteinte en 1969. Depuis la restauration de 1975, le feu de l'autel et des angles sort d'une conduite du réseau de gaz.

Quelles religions pratiquait-on ici ?

Le temple que l'on voit fut construit aux XVIIe et XVIIIe siècles par des marchands hindous et sikhs de l'Inde, et les inscriptions invoquent Ganesh et la déesse de la flamme ; qu'il ait été auparavant un lieu de culte zoroastrien, des adorateurs du feu de Perse, est probable d'après la tradition et le nom, mais il n'y a pas de vestiges du bâtiment antérieurs aux hindous.

Combien de temps faut-il ?

Une heure pour la cour, l'autel, les cellules avec le musée et les inscriptions ; avec le trajet depuis le centre, deux heures et demie aller-retour. L'habitude est d'y consacrer une demi-journée et de le combiner avec Yanardag, la montagne ardente, à une demi-heure de voiture, qui est l'autre moitié de l'histoire du feu d'Abcheron.