Mingachevir : la ville du réservoir de la Koura, la mer de l'Azerbaïdjan, avec ses plages d'été, son aviron olympique et un temple albanien sous l'eau
Au milieu de la plaine sèche qui sépare Bakou de Gandja, il y a une mer : 605 km² d'eau bleue que la Koura retient derrière un barrage en terre de 80 m, et sur sa rive une ville aux rues larges et aux bâtiments des années cinquante qui n'existait pas avant le barrage. C'est Mingachevir, la mer de l'Azerbaïdjan, comme l'appellent les gens de Bakou qui viennent s'y baigner en juillet, et c'est un arrêt que presque personne ne fait en route vers Gandja et Sheki et qui mérite un après-midi : pour l'eau, pour la promenade, pour l'aviron et pour ce qu'il y avait avant l'eau, une ville de l'Albanie du Caucase que les archéologues fouillèrent à la hâte avant que le réservoir ne la recouvre. Ce guide raconte ce qu'il y a et comment l'intégrer.
Le barrage et la ville
Le barrage fut commencé en 1945, sitôt la guerre finie, et la ville fut bâtie en même temps pour les ouvriers, parmi lesquels des prisonniers de guerre allemands, qui laissèrent la première architecture et un cimetière ; le barrage fut fermé en 1953, la centrale hydroélectrique mise en marche en 1954 et, pendant des décennies, ce fut la plus grande du Caucase, éclairant la moitié de l'Azerbaïdjan et irriguant toute la plaine de la Koura. La ville grandit avec l'électricité : une centrale thermique, des usines textiles et de câbles, et une population qui avoisine aujourd'hui les cent mille habitants. Ce qu'elle a de ville soviétique planifiée, avenues droites, barres, un grand parc et la promenade du rivage, est ce qui la distingue des vieilles villes du pays.
L'eau
Le réservoir est ce qu'on vient voir et utiliser. En juillet et août, les plages de la rive sud se remplissent de familles de Bakou et de Gandja, avec cabines, parasols, barques à louer et restaurants de poisson du lac, qui à Mingachevir est surtout de la carpe et du sandre grillés ; l'eau est douce et tiède et l'on s'y baigne sans problème. La promenade du rivage, avec ses platanes et ses bancs, est l'endroit du coucher de soleil. Et dans le canal près de la ville s'entraîne l'aviron azerbaïdjanais : le centre olympique de Kur, avec ses lignes de régate, accueille des championnats d'Europe et l'on peut voir ramer à la première heure du matin. Au printemps et en automne, la pêche et les oiseaux de la rive nord, où le réservoir s'ouvre en bras entre les collines.
Ce qu'il y avait avant l'eau
Avant d'inonder la vallée, entre 1946 et 1953, les archéologues fouillèrent à toute vitesse, sur la rive droite de la Koura, une ville de l'Albanie du Caucase, le royaume chrétien qui fut le prédécesseur de l'Azerbaïdjan, et en sortirent un temple des Ve-VIIe siècles avec des inscriptions en alphabet albanien, parmi les très rares qui existent, de la céramique, du verre et des tombes de l'âge du bronze au Moyen Âge. Le meilleur se trouve au Musée d'histoire de Bakou et au musée local de Mingachevir, petit et surprenant. Du site, sous l'eau et sous la ville, il ne reste rien à voir, mais il explique pourquoi cet endroit avait déjà trois mille ans quand la ville fut fondée.
Comment y aller et avec quoi la combiner
Mingachevir est à 280 km à l'ouest de Bakou, trois heures et demie par l'autoroute de Gandja et une bifurcation de 20 km vers le nord ; il y a des bus et des marshrutkas depuis la gare routière de Bakou et depuis Gandja, à 60 km, une heure. Le plus logique est de s'arrêter un après-midi et une nuit en route vers Gandja et Goygol, ou entre Gandja et Sheki, à 90 km par la route du nord. Il y a des hôtels et des restaurants sur la rive et au centre ; de mai à septembre pour l'eau, et le reste de l'année pour le musée et la promenade.
Questions fréquentes
Que peut-on faire au réservoir ?
Se baigner sur les plages de la rive en juillet et août, louer une barque ou un pédalo, manger du poisson du lac dans les restaurants du rivage, se promener au coucher du soleil et regarder les rameurs s'entraîner dans le canal olympique ; au printemps et en automne, pêcher et observer les oiseaux dans les bras du nord. Il n'y a pas de plages organisées hors de l'été.
Cela vaut-il la peine pour un touriste ?
Comme arrêt d'un après-midi et d'une nuit entre Bakou et l'ouest, oui : c'est une ville soviétique neuve au bord d'une mer intérieure, avec du bon poisson, un musée aux pièces de l'Albanie du Caucase et aucun tourisme, ce qui, pour qui a déjà vu Bakou et Sheki, change. Comme destination en soi, seulement pour qui cherche le réservoir en été.
Peut-on la combiner avec d'autres villes ?
Oui, elle se trouve entre Bakou et Gandja, à 60 km de Gandja et à 25 de plus du lac Goygol, et à 90 km de Sheki par la route du nord, de sorte qu'elle s'insère dans n'importe quel itinéraire par l'ouest du pays comme nuit intermédiaire. En voiture, on fait Bakou, Mingachevir, Sheki et Gandja en trois ou quatre jours.